Les 50 ans de l'AIIC et les permanents: Retour aux sources

Les arguments ne manquent pas en faveur d'un engagement des permanents auprès de l'AIIC, afin qu'ils contribuent avec leurs collègues free-lance à forger l'avenir de la profession.

En cette année 2003, l’AIIC va célébrer son 50ème anniversaire. Aujourd’hui, peu d’interprètes savent encore que c’est une avant-garde de trois permanents (Constantin Andronikof du Ministère français des Affaires étrangères, André Kaminker du Conseil de l’Europe et Hans Jacob de l’Unesco) qui a été à l’origine de la naissance de notre association.

Les avantages que représente pour un interprète free-lance l’appartenance à une grande et puissante association professionnelle mondiale sont évidents : l’AIIC confère à chacun de ses membres un label de qualité certifiant notamment la véracité de sa combinaison linguistique et met à sa disposition un annuaire et un réseau de relations professionnelles essentiels pour l’obtention de contrats.

De nos jours, trop peu d’interprètes permanents sollicitent leur adhésion auprès de l’AIIC et trop de permanents quittent notre association au bout de quelques années d’appartenance seulement, soit parce qu’ils ne perçoivent plus l’intérêt d’être membre de l’AIIC, soit parce qu’ils estiment que leur statut leur apporte déjà toutes les garanties auxquelles ils aspirent , soit enfin en raison du niveau de la cotisation annuelle exigée, identique pour les free-lance et les permanents.

Pourtant, tout au long de son histoire et jusque dans ces dernières années, l’AIIC a su démontrer qu’elle pouvait apporter beaucoup aux interprètes attachés à des organisations internationales ou nationales :

  1. En établissant les grands principes de l’exercice de la profession, l’AIIC a fourni et continue à fournir à tous les permanents un cadre et un corpus de valeurs qui constituent un point d’ancrage irremplaçable lorsqu’il s’agit pour eux de défendre, de négocier ou d’actualiser les paramètres qui conditionnent leur travail quotidien (ex. tableau des effectifs, horaires de travail, qualité des équipements, utilisation des nouvelles technologies, etc.). Cet appui de l’AIIC est d’autant plus fondamental pour les permanents appartenant à de petites organisations, qui sans cette référence auraient souvent bien des difficultés à défendre leurs intérêts face aux pressions de leurs administrations de tutelle.

  2. Même dans les grandes organisations où les permanents ont tendance tout naturellement à s’identifier d’abord avec leur représentation « maison » (ex. délégations professionnelles du SCIC et du PE) , le poids de l’AIIC peut s’avérer décisif lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts essentiels de la profession , une certaine conception ou philosophie de l’interprétation , et par voie de conséquence le pluralisme linguistique et culturel au sein d’une institution qui occupe de nombreux permanents ; la réaction rapide et déterminée de l’AIIC en 2001 à la présentation du rapport Podesta sur la préparation de l’élargissement de l’UE au Parlement européen en constitue une illustration éloquente. A tous les permanents, l’AIIC donne ainsi un puissant appui dans des situations de crise. Par ailleurs, d’une manière générale, elle leur apporte une dimension d’ouverture internationale sur les réalités que connaissent leurs homologues d’autres organisations et un outil de réflexion prospective sur les grandes tendances de l’évolution de la profession.*

  3. La participation à la vie d’une grande association internationale comme l’AIIC peut mieux faire comprendre aux permanents l’interdépendance qui existe entre le statut dont ils bénéficient et le sort réservé aux free-lance travaillant à leurs côtés dans les mêmes organisations. Ainsi, de la même façon que les résultats acquis lors des négociations entre les permanents et leurs administrations ont été extrapolés aux collègues free-lance, les conventions conclues par l’AIIC avec diverses organisations y ont aussi consolidé la position des interprètes permanents.
    De même, parmi les nombreux combats que notre Association a menés, il convient de rappeler qu’au terme de la procédure engagée dans les années 90 contre elle par la Federal Trade Commission, l’AIIC a réussi à faire reconnaître par les autorités américaines – et c’est un précédent capital pour le reste du monde – le bien-fondé des normes de travail essentielles qu’elle défend depuis toujours au profit des permanents comme des free-lance, pour préserver leur santé et garantir la qualité de leur travail.

  4. Dans des cas qui ne sont pas si rares, la carrière professionnelle d’un interprète alterne entre le statut de permanent et la vie de free-lance ou est éclatée entre diverses régions du monde. Etre membre de l’AIIC, seule association internationale d’interprètes présente sur tous les continents, permet singulièrement de faciliter la transition d'une situation à l'autre.

  5. Même si le montant de la cotisation annuelle n’est pas négligeable, en fait il ne représente qu’une fraction assez modeste du revenu moyen d’un interprète permanent. Il convient en outre de rappeler que le budget de l’Association sert principalement à assurer la diffusion d’informations indispensables à la fois entre les membres de l’AIIC et à destination du monde extérieur (annuaire, publications, site Internet, etc), qu’il soutient des projets décisifs pour le statut des interprètes (comme celui de l’adoption d’une Convention internationale sur la reconnaissance de la profession) et qu’il contribue à défrayer partiellement les membres actifs bénévoles qui font vivre notre association et défendent quotidiennement les intérêts de l’ensemble de la profession, qu’elle soit exercée par des free-lance ou par des permanents.

Ainsi, aujourd'hui comme hier, les arguments ne manquent pas en faveur d'un engagement des permanents auprès de l'AIIC, afin qu'ils contribuent avec leurs collègues free-lance à forger l'avenir d'une profession que leurs aînés ont su inlassablement construire et affirmer pour en faire ce qu’elle est aujourd’hui.


* L’AIIC possède un organe spécialement consacré à l’examen des questions intéressant directement les permanents : la Commission des Permanents (CdP), qui se réunit une fois par an au siège de l’une des 24 organisations qui la composent.



Claude DURAND est Président de la Commission des Permanents (CdP) de l’AIIC.

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Claude DURAND. "Les 50 ans de l'AIIC et les permanents: Retour aux sources". aiic.co.uk June 19, 2003. Accessed September 20, 2019. <http://aiic.co.uk/p/1174>.